Face au retour de Donald Trump et à son hostilité affichée envers les incitations aux voitures électriques aux États-Unis, Tesla inverse sa stratégie. Le constructeur américain va finalement produire ses propres cellules de batteries dans sa Gigafactory de Grünheide, près de Berlin, à partir de 2027. Objectif : jusqu’à 8 GWh par an, soit l’équivalent de l’alimentation de près de 130 000 Tesla Model Y, tout en renforçant son ancrage européen et en réduisant sa dépendance aux importations chinoises et américaines.
Voici à quoi ressemble la Gigafactory Berlin, le site qui va accueillir cette nouvelle production :
Le contexte : Trump pousse Tesla vers l’Europe
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche s’est accompagné dès le premier jour d’ordres exécutifs visant à démanteler les aides et obligations liées aux véhicules électriques. Cette politique anti-VE contraste fortement avec la stratégie européenne, qui mise sur l’accélération de la transition zéro émission tout en sécurisant sa souveraineté industrielle face à la domination chinoise.
C’est dans ce contexte géopolitique tendu que Tesla décide de relancer un projet mis en sommeil depuis 2022 : la production locale de cellules de batteries à Grünheide.
Voici un aperçu du type de politique qui a poussé Tesla à revoir ses priorités :
8 GWh par an et une intégration verticale inédite en Europe
Selon les annonces officielles de Tesla fin 2025 (confirmées par Reuters, DPA et le directeur de production André Thierig), l’usine allemande va être adaptée pour produire jusqu’à 8 GWh de cellules de batteries par an dès 2027. Cet investissement supplémentaire de plusieurs centaines de millions d’euros portera le total investi dans la production de cellules sur site à près d’1 milliard d’euros.
L’objectif est clair : réaliser une intégration verticale complète, de la cellule de batterie jusqu’au véhicule fini, sur un seul site – une première en Europe !
Voici à quoi ressemblent les fameuses cellules 4680 que Tesla souhaite produire massivement :
Tesla reconnaît cependant la difficulté : « Dans la compétition internationale avec la Chine et les États-Unis, il est actuellement très compliqué de produire des cellules à bas coût en Europe. » Mais si les conditions sont réunies, l’intégralité de la chaîne de valeur des batteries pourrait à terme être concentrée à Grünheide.
Une réponse à la chute des ventes européennes de Tesla
Cette décision stratégique intervient alors que Tesla traverse une période difficile sur le Vieux Continent. En 2025, la part de marché du constructeur est tombée à environ 1,6 % (contre 2,4 % en 2024). Les ventes ont chuté de manière spectaculaire dans plusieurs pays en novembre 2025 : -58 % en France, -59 % en Suède, -49 % au Danemark et -44 % aux Pays-Bas.
La production locale de batteries pourrait permettre à Tesla de réduire ses coûts logistiques, d’améliorer sa compétitivité et de renforcer son image auprès des pouvoirs publics européens, très attachés à la relocalisation industrielle.
L’Europe accélère sa filière batterie
Ce projet s’inscrit dans un mouvement plus large : l’Union européenne accuse un retard important face à la Chine en matière de production de cellules. Pour combler cet écart, Bruxelles a annoncé cet été un soutien financier de 852 millions d’euros pour six grands projets industriels dédiés aux cellules de batteries pour véhicules électriques.
Avec cette annonce, Tesla s’aligne enfin sur les priorités européennes de souveraineté technologique.
La Gigafactory Berlin, cœur de cette stratégie :
Conclusion
Ce qui était initialement prévu comme la plus grande usine de batteries au monde (jusqu’à 250 GWh annoncés en 2020) est devenu un projet plus modeste mais stratégique. Après avoir priorisé les États-Unis grâce aux subventions, Tesla revient en force en Europe sous l’effet combiné de la politique de Trump et des exigences européennes.
Reste à savoir si ce pari permettra au constructeur de redresser la barre sur un marché européen de plus en plus concurrentiel. Une chose est sûre : à partir de 2027, une part croissante des Tesla vendues en Europe pourrait être 100 % « Made in Germany »… du moins pour les batteries !



